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mardi 19 mai 2009

Timothy Radcliff: La Promesse de Vie (fin)

peleterresainte

3.3 Le désert de la mort et la résurrection

Jésus nous appelle à la vie et, et à l'avoir en abondance. C'est là la bonne nouvelle que nous prêchons. Pourtant nous avons vu qu'en répondant à cet appel nous nous retrouvons parfois dans le désert. Prêcheurs de la parole, nous découvrons que nous n'avons pas de parole à offrir, que rien n'a plus de sens. Nous qui prêchons l'amour de Dieu, nous nous trouvons désolés, seuls et abandonnés. Nous qui sommes invités à nous découvrir dans la vie-même de Dieu, nous serons confrontés à notre mortalité. Nous sommes des créatures, pas des dieux, et nous devons mourir. Alors, nous nous écrierons peut-être comme les Israélites à Moïse: « Manquait-il de tombeaux en Égypte, que tu nous aies menés mourir dans le désert? » (Ex 14,11). Alors, il nous faudra "tenir bon et ne pas vaciller devant notre vide", confiants que la vie nous sera donnée.

Comment nous entraider et nous encourager devant notre condition de mortels? Tout d'abord, nous

devons nous encourager mutuellement avec la liberté de Jésus. Sachant que le Fils de l'homme devait mourir, il a tourné son visage vers Jérusalem. C'est une liberté que j'ai parfois vue chez les frères et les soeurs, qui donnent leur vie. Dans les années précédant son assassinat, le frère Pierre Claverie, évêque d'Oran, prit la route de Jérusalem, refusant de céder aux menaces et d'abandonner son peuple. En 1994, il disait dans un sermon: « J'ai milité pour le dialogue et l'amitié entre les gens, les cultures, les religions. Tout cela mérite probablement la mort et je suis prêt à en assumer le risque. » (Sermon après la mort de fr. Henri et sr Paule-Hélène, dans La vie spirituelle, octobre 1997, p. 764.)

La liberté de Jésus face à la mort culmina la nuit précédant sa mort, lorsqu'il prit son corps et le donna à ses disciples, dans un geste de stupéfiante liberté. C'est ce qu'il nous est donné de faire ensemble, face à notre état de mortels. Je me souviens, un matin de Pâques, à Blackfriars, avoir célébré joyeusement l'Eucharistie avec un frère qui se mourait du cancer. La communauté tout entière s'était entassée dans sa chambre. Après quoi nous bûmes du champagne en l'honneur de la résurrection. Je me souviens avoir célébré l'Eucharistie avec les frères et soeurs d'Iraq, il y a quelques semaines à peine, en attendant l'attaque militaire qui aurait sûrement lieu. L'Eucharistie ne doit pas être le centre de notre vie commune parce que nous nous sentons unis, ou même pour que nous puissions nous sentir unis. Elle est le sacrement de cette abondance de vie qui est pur don, le « pain de vie » dont Dominique promit que nous le trouverions dans l'Ordre. Nous le recevons ensemble, en nous offrant mutuellement la nourriture pour la traversée du désert.

Nous vivons le sens de l'Eucharistie en nous libérant les uns les autres, en nous transmettant mutuellement l'incommensurable liberté du Christ. Peut-être à travers la petite liberté d'un pardon généreusement donné, ou en laissant se briser un vieux schéma de vie, ou en prenant un risque. Nous lâchons prise. Comme l'écrivait Lacordaire: « Je vais où Dieu me mène, incertain de moi mais sûr de lui. » Sur toutes ces voies, nous nous laissons emporter dans le mouvement de l'Esprit qui jaillit du Père et du Fils, et crie en nos coeurs « Abba Père ». Comme le dit Eckhart: « Nous ne prions pas, nous sommes priés. » Mais c'est aussi là que nous entrons en liberté et en spontanéité, que nous sommes le plus en vie. Nous nous laissons emporter par le mouvement, comme un danseur s'abandonnant au rythme y trouve grâce et liberté.

La sagesse a dansé en présence de Dieu en créant le monde. Saint Thomas disait que la contemplation d'un sage est comme un jeu, en ce qu'elle est plaisante et qu'elle est à elle-même sa propre fin, comme une danse. « L'excès de sérieux révèle un manque de vertu, car il méprise complètement le jeu qui est aussi nécessaire à une bonne vie humaine que le repos. » (Eth. ad Nic. iv ib 854.) L'abondance de vie nous conduit à l'enjouement de ceux qui se sont défaits du fardeau d'être de petits dieux. Nous pouvons laisser tomber le terrible sérieux de ceux qui croient pouvoir porter le monde sur leurs épaules. Alors, nos communautés pourraient bien être vraiment des lieux où nous initier au bonheur du Royaume. Saint Dominique, Nos junge beatis. Unis-nous aux bienheureux, et puissions nous aujourd'hui partager un avant-goût de leur bonheur.

Frère Timothy Radcliffe, o.p.

Maître de l'Ordre des Prêcheurs
25 février, Mercredi des Cendres 1998

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Commentaires

Promesse de Vie

C'est toujours s'enrichir que de lire le Père Timothy Radcliffe !
Merci !

MF

Posté par radiclifette, vendredi 22 mai 2009 à 22:31

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