mardi 26 mai 2009
Timothy Radcliffe : "proscrire l'homophobie des séminaires"
En mai 2005, La Vie interrogeait Timothy Radcliffe sur la question de la sexualité dans l'Eglise. Grande autorité morale du catholicisme, l'ancien maître des dominicains prenait position, sans craindre de briser les tabous.
La Vie. On évoque timidement l'ordination d'hommes mariés. Est-ce une bonne idée ?
Timothy Radcliffe.
Je n'ai pas la réponse, mais j'aimerais que l'on puisse en débattre.
Personnellement, j'accorde beaucoup de valeur au célibat, parce qu'il
procure une certaine liberté. Un exemple : en Angleterre, en étant
célibataire, le prêtre échappe au jeu des classes sociales si prégnant
dans la société britannique. Il peut être lui-même, partout. Mais le
fait d'avoir des prêtres mariés peut aussi enrichir l'Église. Des
hommes qui vivent leur ministère sacerdotal en s'appuyant sur leur
expérience d'époux et de père peuvent nous aider à mieux comprendre les
Évangiles. Ce n'est pas bon qu'il n'y ait que des célibataires.
Et l'ordination des femmes ?
Je n'ai jamais entendu une argumentation contre l'ordination des femmes
qui m'ait convaincu. Là encore, je ne sais pas ce qu'il faut faire,
mais je crois beaucoup aux vertus du débat. On pourrait aussi
s'interroger sur le diaconat féminin.
Les homosexuels pourraient ne plus être admis au séminaire. Êtes-vous d'accord ?
Je ne pense pas que le Vatican ira jusque-là. Ce serait une très
mauvaise idée. La première raison, c'est qu'une vocation est d'abord un
appel de Dieu. C'est lui qui appelle à la vie religieuse ou à la
prêtrise. Et il est évident qu'il a appelé des hommes et des femmes,
des prêtres et des évêques qui sont homosexuels. On ne peut pas dire à
Dieu qu'il n'a pas le droit d'appeler des homosexuels, puisqu'il l'a
déjà fait ! Il est important que ceux et celles qui entrent dans la vie
religieuse ou sacerdotale puissent mûrir et s'accepter tels qu'ils
sont. Si l'on déclare que l'on ne peut pas accepter les homosexuels, ça
va pousser ces gens à ne pas s'accepter tels qu'ils sont. Pourquoi les
enfermer dans une case ? L'orientation sexuelle d'une personne n'est
pas quelque chose d'essentiel. Peu m'importe de savoir si mon frère est
homo ou hétéro. Je crois, en revanche, qu'il faudrait être beaucoup
plus vigilant sur l'homophobie et sur la misogynie. Ces attitudes
devraient être totalement proscrites dans les séminaires.
Hétérosexualité et homosexualité sont-elles équivalentes ?
Non, mais je pense que les personnes hétérosexuelles et homosexuelles
doivent affronter les mêmes défis. Sommes-nous capables d'entrer en
relation avec celles et ceux que nous rencontrons ? Sommes-nous
capables de nous accepter tels que nous sommes, avec nos failles et nos
blessures ? Sommes-nous prêts à nous engager dans le célibat ? Ce qui
compte, c'est notre capacité d'aimer. Si l'on sait que l'on est accepté
par Dieu, totalement et sans réserve, on peut s'accepter soi-même. Les
prêtres ne doivent pas trop se centrer sur la question de leur identité
sexuelle, au risque de s'enfermer. Notre identité, nous la trouvons en
Christ. La question la plus importante est : comment annoncer
l'Évangile ?
Certains spécialistes affirment que
les personnes homosexuelles ont une sexualité beaucoup plus difficile à
gérer que les autres. Qu'en pensez-vous?
J'ai passé
vingt ans dans un centre de formation dominicain en Angleterre.
Certains frères étaient sans doute homosexuels, d'autres, non. Je n'ai
jamais eu l'impression qu'il y avait des problèmes spécifiques d'un
côté ou de l'autre. De toute façon, les jeunes qui entrent au séminaire
ne sont pas toujours au clair sur leur orientation sexuelle. Beaucoup
sont en train de la découvrir.
Nous sommes tous des hommes et des
femmes complexes, avec des éléments d'attirance vers les hommes et vers
les femmes. Plutôt que de procéder à des simplifications négatives en
excluant les homosexuels, il nous faut affronter cette complexité. Le
seul danger serait que s'installe au sein d'un séminaire ou d'une
communauté une sorte de sous-culture homosexuelle. Cela serait
extrêmement destructeur. C'est la raison pour laquelle l'orientation
sexuelle ne doit pas devenir quelque chose de central. La vérité émerge
toujours du dialogue. Plutôt que de prendre des mesures malheureuses,
dans ce domaine comme dans d'autres, l'Église doit continuer à débattre.
Le
synode des évêques se termine à Rome. À partir de votre expérience
personnelle, comment renouveler la question de l'eucharistie ?
J'ai passé pas mal de temps en Afrique et j'ai toujours été
impressionné par la qualité des célébrations eucharistiques et par la
joie qui s'en dégage. Face à la pauvreté, face aux guerres civiles,
face à toutes les calamités qui frappent leur continent, les Africains
entrent beaucoup plus facilement que nous dans le mystère pascal
célébré à la messe. Le sacrement de l'Eucharistie est véritablement
pour eux une question de vie ou de mort. Et, pour exprimer cet enjeu,
ils font preuve d'une étonnante créativité qui nous manque terriblement
en Europe.
Nous devrions prendre modèle sur eux, en faisant appel
à des artistes, à des poètes et à des musiciens pour exprimer, à
travers la beauté, notre espérance pour l'avenir. J'attends aussi du
synode qu'il ne ferme pas les portes ouvertes lors du concile Vatican
II, mais qu'il ouvre des chemins de dialogue.
Par Laurent Grzybowski
http://www.lavie.fr/l-hebdo/notre-point-de-vue/article/1248-timothy-radcliffe-proscrire-lhomophobie-des-seminaires/retour/11/hash/e24818b813.html
Commentaires
Ordinatio sacerdotalis
T Radcliffe semble rejeter l'autorité d'Ordinatio sacerdotalis de Jean Paul II.
Peut-être les lecteurs apprécieront-ils de retrouver ce texte ici:
http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/apost_letters/documents/hf_jp-ii_apl_22051994_ordinatio-sacerdotalis_fr.html
Un lien mérite également d'être fait avec un autre de vos articles ici:
http://vocationslille.canalblog.com/archives/2006/10/25/2874267.html









