dimanche 15 novembre 2009
Lionel Vandenbriele, futur prêtre : "La philo, c'est décapant !"
Lionel Vandendriele,
29 ans, sera ordonné prêtre en l'église Saint-Vaast de Bailleul le
15 novembre. Issu d'une famille catholique pratiquante, le diacre a quitté
sa profession pour vivre son engagement liturgique.
L'Indic
: vous serez ordonné prêtre à Bailleul et non à la cathédrale de Lille.
Pourquoi cette exception ?
Lionel Vandenbriele : C'est une volonté de l'évêque. Nous sommes ordonnés pour
le diocèse, la cathédrale est le lieu symbolique. Cela permettra aux Bailleulois
de vivre un temps fort dans leur ville. Et puis la cathédrale n'est pas
chauffée l'hiver ! (rires) Avez-vous déjà des informations sur la mission
que vous confiera l'évêque ?
Je ne la connais pas mais je sais que je resterai à Roubaix où je vis depuis un
an. En moyenne une mission dure six années. Je suis dans les quartiers
sensibles où règne la précarité. La population est jeune, diversifiée avec des
Portugais, des Italiens, des Polonais, des Maghrébins... Dans certains
endroits, la moitié de la population est au chômage et 50 % des jeunes n'ont
pas de diplôme. Mon rôle est de leur montrer la présence du Christ dans leur
vie.
Devenir
prêtre a toujours été votre souhait ?
Je voulais être pompier quand j'étais petit ! Être au service des autres
jusqu'à risquer sa vie. Quelque part, le pompier et le prêtre se ressemblent.
J'avais prévu de faire l'école des pompiers de Paris, de fonder une famille.
J'ai gardé cette passion à travers ma collection de quatre-vingts camions de
pompiers.
Il y a donc eu un élément déclencheur... J'étais enfant de choeur dès 8
ans. Mon grand frère l'était, je voulais faire comme lui. Après ma profession
de foi, j'ai fais ma confirmation à 15 ans. Je n'étais pas très motivé pour y
aller. En sortant d'un temps fort composé de témoignages, je me suis dit que je
pouvais, comme ces personnes, vivre un engagement. Puis j'ai rencontré le
séminariste Frédéric Lefebvre avec qui je me suis lié d'amitié. Une veille de
Noël, j'avais 16 ans, Frédéric m'a demandé si j'avais déjà pensé à devenir
prêtre. J'ai été surpris. Je lui ai dit oui sans conviction, pour qu'il me
laisse tranquille. Il m'a demandé de revenir le voir dans six mois. Je me suis
dit : "lui c'est terminé, il ne me verra plus !"
Pourquoi
avez-vous changé d'avis ?
Quelque chose me travaillait déjà mais cela n'était pas remonté à la surface.
Le fait d'en parler m'a permis de me poser. Frédéric devait sentir quelque
chose en moi.
Vous étiez très jeune à l'époque... J'ai gardé ce projet en tête en
parallèle à mes études. Je voulais entrer au séminaire après le bac. Mes
parents et Frédéric préféraient que j'attende.
J'ai fait un BTS chimie puis je suis entré au séminaire en 2000. En deuxième
année, l'équipe m'a permis de prendre un temps de stage. Je suis entré chez
Nordlys en tant que découpeur pendant six mois puis je suis devenu laborantin
pendant plus d'un an. Ce temps de travail m'a permis de bien me poser la
question. Je gagnais bien ma vie, j'avais de bons collègues, le travail me
plaisait. C'est là que mon choix s'est affirmé. J'ai démissionné pour reprendre
le séminaire. C'est un moment important de ma vie : j'avais le choix !
Comment
un esprit scientifique comme vous gère-t-il la dualité foi/raison ?
Quand j'entendais des personnes qui demandaient de bénir leur maison, je me disais
que cela ne résoudrait pas leur problème. Ce n'est pas un coup de baguette
magique qui allait tout effacer. Il fallait trouver une solution rationnelle et
concrète. Mais le fait que ces personnes le demandent à un prêtre est déjà une
démarche de foi, cela les apaise. Le combat de la foi et de la raison est
encore présent en moi. Prenons Noël. Si on dit que Jésus n'est pas né dans la
crèche à Bethléem, ça veut dire "la foi c'est des conneries" !
Alors vous entretenez volontairement le mensonge auprès des chrétiens ?
On risque de leur faire perdre la foi. C'est dramatique si ça vient d'un prêtre
! Lors de l'homélie, nous donnons des pistes pour vivre la foi dans la semaine,
ce n'est pas le lieu pour débattre.
Et
quelle est votre lecture scientifique de la résurrection du Christ ?
J'ai mis du temps à comprendre le mystère de la résurrection. En tant que
scientifique, il n'y a pas de résurrection du Christ. Quand je suis allé en
pèlerinage en Israel, je n'y ai vu aucune preuve de la résurrection. Dans l'évangile
de Marc (16, 1-8), on lit que les femmes qui ont découvert le tombeau vide
n'ont rien dit, elles avaient peur. Le témoignage du verset 9 qui a été ajouté
signifie que la résurrection est basé sur un témoignage, sans preuve !
Croire qu'il est ressuscité est un acte de foi.
Lisez-vous
des ouvrages qui vont à l'encontre de la pensée chrétienne ?
J'ai lu beaucoup de livres de philosophie au séminaire. Nietzsche, c'est
décapant ! La philo m'aidait à approfondir ma foi. A l'entrée au séminaire,
j'avais une foi d'enfant. Désormais j'ai une foi d'adulte : je cherche le sens
de ma foi.
Pourquoi
croyez-vous ?
(sourire) C'est la première fois qu'on me pose cette question. C'est un cadeau
que Dieu m'a donné par ma famille. Il nous demande d'essayer d'aimer, de donner
sa vie pour l'autre par amour, de faire de sa vie un "je t'aime".
Parmi
les renoncements que vous avez dû faire, quel est celui qui vous coûte le plus
?
C'est de ne pas avoir d'enfant. On peut aimer autrement qu'au sein d'une vie de
famille, en donnant sa vie pour les autres.
Propos recueillis par Nicolas de Ruyffelaere









