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mardi 29 avril 2008

Notre espoir et nos attentes : vers une Eglise pauvre en moyens.

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Nous devons chercher des solutions à la pénurie de prêtres dans nos régions. Et très certainement par différents chemins : regrouper des paroisses, rationaliser la pastorale, fixer nettement des priorités étant donné que nous ne pouvons continuer à tout faire, redistribuer les effectifs disponibles, insérer des laïcs même pour des tâches strictement ecclésiales.

Mais soyons honnêtes : le problème ne sera pas résolu grâce au dispatching et à la reconversion. Il faudra davantage. Pour commencer, l’acceptation sereine et joyeuse de la perspective que nous devrons, en tant qu’Eglise, devenir notablement plus pauvres : au plan financier, quant au personnel et à notre impact dans la vie public et les média, peut-être aussi quant à notre potentiel intellectuel, à la compétence et à la formation académique de nos cadres. Certainement nous deviendrons plus pauvres en nombre !

Mais voici notre espérance : une Eglise plus pauvre ne baisse pas forcément en qualité de dévouement et d’amour pour Dieu et pour les hommes. Pareille pauvreté peut même nous enrichir. Comment ?

Elle peut nous libérer d’une conception ‘riche’, auto-suffisante, en matière de pastorale, d’ ‘aggiornamento’ et de nouvelle évangélisation. Ce qui est important, ce n’est pas ce que nous planifions pour demain, c’est ce dont rêve Dieu pour son Eglise à la finn de ce millénaire.
Manifestement ses voies ne sont pas les nôtres. Ce ne sont probablement pas les grands moyens que nous  envisageons qui s’imposent, mais c’est ce que Dieu nous donne en partage qui compte. Peut-être cette pauvreté nous rendra-t-elle, nous, prêtres, plus sensibles aux valeurs essentielles de notre sacerdoce : mystère de notre vocation, force de notre ordination et de notre mission, foi en la puissance irrésistible de l’évangile proclamé dans sa pureté, sans fioritures ni artifices de rhétorique, confiance en la ‘force tranquille’ des sacrement et prestige d’une autorité plus spirituelle.

C’est ce qui s’est passé pour les fils d’Israël. Chaque fois que les points d’appui externes ont vacillé ou – son roi, son temple, sa terre – la foi d’Israël s’est approfondie et le peuple s’est rapproché de Dieu. N’est-ce pas précisément pendant et après l’exil que psalmistes et prophètes ont écrit leurs textes les plus émouvants ?

D’ailleurs, la pauvreté est aussi vielle que l’Eglise. Elle est congénitale. Tout n’a-t-il pas commencé à Bethléem pour se terminer au Calvaire ? La crèche et la croix sont restées présentes dans l’Eglise jusqu’à ce jour. La pauvreté n’a pas empêché les berges et les mages de venir voir le Christ. Et à peine Jésus était-il mort sur la croix qu’ « il a tout attiré à lui » : le centurion, les peureux notables Nicodème et Joseph. « Si le grain de blé tombé en terre… meurt, il porte beaucoup de fruit » (cf. Jn 12,24).

Est-ce là faire de nécessité vertu ou une manière de se consoler ? Non. C’est l’évangile tout nu : seule la foi pauvre est un terrain sûr où se tenir. Les autres points d’appui ne passeront pas cet hiver du monde. IL n’y a pas d’alternative. La pauvreté ne nous ravira pas notre joie, elle la doublera. Nous, prêtres, nous sommes prêts « à apporter notre contribution à cette joie » ( 2 Co 1, 20). Nous voulons être des messagers de la joie !

+ Godfried Cardinal Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles
Messagers de la joie , Paroles de vie... Pâques 1990

Ainsi s’achève cette lettre pastorale , dès la semaine prochaine, nous en parcourrons une autre d’un même auteur et sur le même sujet : « Me voici, Seigneur » ( Pâques 1999) 

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mardi 22 avril 2008

Notre espoir et nos attentes : célibataires « à cause du Royaume des cieux »

Le prêtre reste célibataire. C’est là une chose qui n’est pas toujours comprise de nos jours, même dans les milieu chrétiens. « Pourquoi un prêtre ne peut-il pas se marier ? » Peu de rencontres avec des jeunes se passent sans que cette question ne vienne sur le tapis.

Parfois on allègue les arguments, juste en partie mais finalement inadéquats. On dira par exemple : le prêtre ne se marie pas afin de pouvoir travailler plus et mieux au service de l’Eglise. Sa capacité de travail en est accrue. Indubitablement. Mais l’argument tient-il la distance ? Pas mal de gens mariés travaillent dur eux aussi. En fin de compte, l’Eglise n’est quand même pas un firme japonaise où tout est sacrifié à la productivité.

Le célibat « à cause du Royaume des cieux » est difficile à étayer complètement à l’aide d’arguments rationnels. Ce célibat est une affaire d’amour et l’amour ne relève pas du rationnel. Jésus Lui-même disait en parlant de ceux « qui se sont rendus eunuques à cause du Royaume des cieux : ‘Qui peut comprendre, qu’il comprenne !’’ » (Mt 19,12). Le fondement du célibat repose sur un amour d’une qualité particulière : un amour qui cherche sa voie dans une imitation exclusive du Christ, dans la consécration totale à Lui, consécration à laquelle est liée, au dire même du Christ (cf. Mt 19,29), une fécondité toute spéciale. Le prêtre reste célibataire en premier lieu non pas pour des motifs d’efficience, de potentialité accrue de travail ou de gain de temps, mais par foi et amour envers le Christ, qu’il veut suivre de près. D’autre part, le célibat témoigne concrètement de la conviction que toutes les valeurs crées sont relatives : Dieu seul est premier et absolu. L’économie de la rédemption surpasse celle de la création.

Vivre non-marié à cause du Royaume de Dieu est aussi une confession de foi énergique dans les réalités eschatologiques et la vie éternelle.
En effet, la difficulté de comprendre et d’apprécier le célibat sacerdotal n’a pas sa source uniquement dans l’esprit du temps qui fait de la sexualité et de l’érotisme un absolu. Elle provient aussi de la baisse de la foi en l’immortalité, la survie et la résurrection, dans notre société.

Si mourir veut dire disparaître entièrement, mourir sans descendants est chose éminemment cruelle. Il ne restera rien de nous. Pas même un enfant ! Notre pulsion la plus profonde, celle de vivre pour toujours, ne peut l’accepter. Aussi l’absence de foi en l’immortalité – ou son affaiblissement – va-t-elle toujours de pair avec l’impossibilité de situer la virginité. L’ancien testament qui connaissait à peine la survie – une existence crépusculaire dans le monde des ombres – ne pouvait accepter qu’on ne se marie pas. Il est remarquable que saint Augustin, dans sa définition de la virginité, ne mentionne même pas les termes mariage ou sexualité : « La virginité est une médiation continuelle de l’immortalité, alors que nous vivons encore dans un corps mortel ».

Le célibat devient fort difficile pour nous, prêtres, quand à l’intérieur du peuple fidèle, s’estompe la sensibilité vis-à-vis de ce que l’évangile et l’Eglise nous enseignent en matière de pureté en général, de morale conjugale en particulier. Sur ce point, l’Eglise est quasi en contradiction avec une certaine sensibilité moderne. Si dans les discussions à ce sujet, les fidèles n’interviennent que mollement, il sera bien difficile que les prêtres optent avec joie pour le célibat.

Quand on fait de la jouissance sexuelle à peu près un droit absolu, comment réagissons-nous ? C’est tout de même là élever une réalité créée au rang de faux-dieu et d’idole. Osons-nous nous opposer à pareille déification comme inconciliable avec le culte du seul vrai Dieu ? Dans un milieu qui fait de l’érotisme et du sexe un absolu, il est particulièrement difficile pour le prêtre de vivre en célibataire, s’il est tout seul.

Nous arrive-t-il dans des conversations d’oser prendre parti de ceux qui optent pour le célibat à cause du Royaume : prêtres, religieux, religieuses, laïcs ? Et que se passe-t-il quand un de nos enfants s’oriente dans cette voie ? Beaucoup de chrétiens souhaitent qu’il y ait des prêtres et des religieuses, célibataires et dévoués. Mais leur souhait et leur admiration restent quelque peu platoniques.
Récemment, une communauté religieuse se voyait contrainte de fermer une de ses maisons dans u quartier populaire. Lorsque la chose fut connue, une femme prit violemment à partie la supérieure : « Vous nous enlevez nos sœurs. Cela n’est pas possible ». La réponse fut : « Nous n’avons plus de vocations ». Et la question suivante : « Madame, si votre fille voulait devenir religieuse, seriez-vous d’accord ? », la réponse fusa spontanée : « Non, ça non, je veux des petits-enfants, moi ! »

+ Godfried Cardinal Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles

Messagers de la joie , Paroles de vie... Pâques 1990

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mardi 15 avril 2008

Notre espoir et nos attentes : Aide à l’intérieur de l’Eglise

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Ensuite vienne les tâches qui, surtout de nos jours, vous sont confiées à l’intérieur de l’Eglise et que nous apprécions et estimons très fort.

Innombrables sont ceux et celles d’entre vous qui nous donnent un coup de main dans mille besognes matérielles : entretien de l’église et des locaux, transports, assistance dans l’administration, l’économat et toute l’infrastructure de services qui permet de vivre à une communauté de fidèles. De moins en moins, nous pourrons nous passer de ces aides, et nous vous en sommes vivement reconnaissants.

Des milliers d’entre vous collaborent encore plus directement à l’animation de la communauté chrétienne. Ils sont à l’œuvre dans des équipes et conseils paroissiaux, dans des chorales et des groupes de travail liturgique, dans la préparation au baptême, à la confirmation, à la communion et au mariage. Egalement comme professeurs de religion et dans la pastorale des malades, des mouvements et des écoles. En vingt ans tout cela a germé du sol et les fruits sont nombreux.

Certains suivent des formations approfondies de longue durée et y consacrent pas mal de temps et d’argent. Cela nous réjouit et nous aimerions pouvoir ‘honorer’ –dans tous les sens du terme –ces sacrifices. Malheureusement, nos moyens, sont limités, mais la volonté existe.

Pour que tout cela se déroule en harmonie avec le travail des diacres et des prêtres, une coordination bien souple s’impose évidemment. Sur ce point, tous nous avons encore beaucoup à apprendre. Nous, prêtres, nous sommes parfois trop méfiants, trop anxieux. Nous manquons de confiance et de courage. Après tout, nous ne sommes que des hommes.

Varican II nous a dit : « Les prêtres doivent écouter les laïcs, tenir compte fraternellement de leurs désirs, reconnaître leur expérience et leur compétence  dans les différents domaines de l’activité humaine, pour pouvoir avec eux lire les signes des temps… Il faut également assez de confiance dans les laïcs pour leur donner des responsabilités au service de l’Eglise en leur laissant liberté et possibilité d’action, bien plus, en les invitant quand l’occasion se présente, à prendre d’eux-mêmes des initiatives » (« Décret sur le ministère et la vie des prêtres » N°9).

A de rares exceptions près, nous prêtres, nous essayons de mettre en pratique ces recommandations. Sincèrement nous tenons à reconnaître et à promouvoir vos responsabilités.

Mais, à notre tour, nous vous demandons de reconnaître en toute confiance notre propre spécificité. Le même document dit en effet de nous prêtres : « Pour exercer ce ministère, comme pour les autres fonctions du prêtres, il reçoivent un ‘pouvoir spirituel’, qui leur est donné pour construire l’Eglise » (Ibidem, N°6).

Il est certes parfaitement admissible qu’on discute de la manière dont le prêtre exerce ce ‘pouvoir spirituel’. Il est loisible de lui faire à ce sujet des observations et même des critiques. Pourquoi la ‘correction  fraternelle’ de l’évangile ne serait-elle pas applicable ? Toutefois, si la manière dont il exerce l’autorité est susceptible d’être critiquée, le fait lui-même que « des prêtres exercent à leur niveau d’autorité, la fonction du Christ tête et pasteur au nom de l’évêque » (Ibidem, N°6), ne l’est pas.

+ Godfried Cardinal Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles

Messagers de la joie , Paroles de vie... Pâques 1990

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mardi 8 avril 2008

Notre espoir et nos attentes : la première mission du laïc

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Comment pouvez-vous nous aider ? Peut-être pensez-vous spontanément aux aides possibles à l’intérieur de l’Eglise, en liturgie, en catéchèse, dans tout autre travail d’édification à l’intérieur de la communauté.

Vous êtes les bienvenus pour nous aider dans ce travail ‘l’intérieur de l’Eglise’. Mais il y a autre chose et plus. Pas mal de fidèles sont persuadés que c’est seulement en oeuvrant à l’intérieur de l’Eglise qu’on collabore vraiment à l’édification du Royaume de Dieu. Ce n’est pas exact. Le Royaume de Dieu croît d’abord au dehors, dans la campagne et sur le terrain, au milieu du monde. La première aide que vous pouvez nous offrir, c’est de rendre présent l’Esprit du Christ dans votre foyer, votre profession, votre travail, en économie et en politique, dans la culture, à l’école, dans les institutions de soin et de santé. Tout cela est une vraie collaboration à l’édification de l’Eglise. Et c’est votre tâche spécifique, cet ‘apostolat séculier’ au milieu du ‘saeculum’, le monde. Etre présent dans le monde et la vie pour y discerner ce qui est conforme à l’évangile et pour en témoigner, ce n’est pas là seulement un prélude à l’avènement du Royaume de Dieu. C’est déjà le royaume qui est établi, fondé. C’est là la première aide que vous puissiez nous offrir. En cela aucun prêtre ne peut en tant que prêtre vous remplacer. Et  jamais aucun travail à l’intérieur de l’Eglise ne peut ser

vir d’alibi à une négligence de cet ‘apostolat séculier’ .

+ Godfried Cardinal Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles

Messagers de la joie , Paroles de vie... Pâques 1990

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mardi 1 avril 2008

Notre espoir et nos attentes : Vos demandes nous font davantage prêtres

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Ce que lui demandent ses frères et sœurs dans la foi, forme le prêtre. Vous nous aidez beaucoup en nous demandant ce que nous pouvons et voulons vous donner en tant que prêtres.

Demandez-nous donc d’être des ‘hommes de Dieu’. Exigez que nous écoutions mieux l’évangile, que nous soyons plus assidus à la prière, à l’action de grâce, à la louange, à l’intercession. Demandez-nous de rechercher sans nous lasser la sainteté. Que nous proclamions l’évangile fidèlement, sans rien retrancher ni falsifier, sans concession mais toujours avec de grands égard pour vos problèmes quotidiens. Demandez-nous les sacrements en particulier le sacrement du pardon et celui de l’Eucharistie. Demandez-nous un cœur qui soit à l’unisson avec tout ce qui est bon et beau, mais aussi avec toutes vos souffrances. Demandez-nous de ne pas rester à l’écart, mais de nous engager pour la justice, la paix et la libération. Demandez qu’en missionnaire et évangélisateurs nous sortions aussi du cercle intime des ‘familiers dans la foi’.

Demandez-nous tout ce que votre cœur vous dit : « c’est pour cela que des prêtres sont appelés et ordonnés ». Car vous savez de vous-mêmes ce qu’un prêtre doit être et ce qu’il doit faire. Personne n’a besoin de vous l’apprendre. Sur ce point aussi se vérifie la parole de Jean : « Quant à vous, l’onction que vous avez reçue de Lui demeure en vous et vous n’avez pas besoin qu’on vous enseigne »  (1Jn 2,27)

+ Godfried Cardinal Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles

Messagers de la joie , Paroles de vie... Pâques 1990

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mardi 25 mars 2008

Notre espoir et nos attentes : Aimer l’Eglise telle qu’elle est

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Le prêtre est un homme de l’Eglise. A juste titre, on l’identifie à elle. La critique concernant l’Eglise l’atteint lui aussi ; il souffre avec elle. Il sait que c’est son devoir de travailler sans cesse à la réforme de l’Eglise. Car elle est pure mais doit être continuellement purifiée à nouveau. Il n’est cependant pas possible de réformer l’Eglise au départ sd’une image d’elle totalement négative. Le ^retre qui s’enfermerait dans pareille attitude sombrerait dans une dépression, qui finalement le détruirait. En tant que prêtre, on ne peut pas continuer à vivre dans pareil état de schizophrénie : être à la fois serviteur de l’Eglise et mordant critique extérieur à elle. Au début cela fatigue, plus tard on se sent frustré, finalement on verse dans l’amertume. En tant que prêtres, il nous faut aimer l’Eglise. Notre propre bonheur est à ce prix.

Il est difficile, aussi à des jeunes gens de devenir prêtres s’ils ne vivent pas dans un milieu où on aime l’Eglise. Ce qui ne signifie pas qu’il faille faire taire ou dissimuler ses fautes. Bien des saints ont vigoureusement dénoncé l’Eglise dans sa hiérarchie et dans ses membres. Mais jamais sans tendresse. Qu’on songe en cette année de Bernard à sa lettre au Pape Eugène III (« De Consideratione »), Pape qui était encore bien un de ses confrères. Ou à Catherine de Sienne qui envoyait ses lettres les plus sévères au Pape d’Avignon, tout en l’appelant « il dolce Cristo in terre » (le doux Christ sur terre) . Nous n’aurons pas de vocations si nous ne parvenons pas à créer des lieux où l’Eglise soit vraiment aimée.

Entrer dans l’Eglise a provoqué de tout temps chez tout, jeunes et vieux, une espèce de choc. Etait-il attirant pour les premiers chrétiens d’entrer au péril de leur vie, dans un Eglise persécutée ? Ou plus tard dans l’Eglise de la Révolution française dont prêtres et religieux furent mis à mort par milliers ? Pour ne pas parler des Eglises du bloc de l’Est, qui jusqu’il y a peu ont vécu dans le souffle glacial de dictatures dans le dos. Etait-il si évident de devenir prêtre dans une de ces Eglises ? En comparaison de cela, le choc subi par les jeunes gens qui entrent actuellement est sans doute plus supportable, encore qu’ils soient souvent les seuls jeunes dans les célébrations eucharistiques présidées par un prêtre âgé ou grisonnant. Mais cela ne demande pas une foi éprouvée jusqu’au sang.

Dans un climat positif vis-à-vis de l’Eglise, les jeunes peuvent apprendre progressivement à effectuer le passage d’une Eglise telle qu’ils en rêvent ou telle qu’ils pensent pouvoir la construire de leurs propre mains, à l’Eglise telle qu’elle est reçue de la main de Dieu. Passer d’une Eglise-à-regarder à une Eglise-où-vivre-et-travailler. Celui qui considère l’Eglise comme un spectacle à regarder, réagit aussitôt par un : « C’est beau ou laid », « Ca me va ou ne me va pas ». Il juge sur base de la seule sensibilité subjective ou selon l’humeur du moment. Celui qui entre pour prendre place au milieu de l’Eglise, ne juge pas. Il dit : »C’est mon Eglise, elle me fait vivre ? Elle me concerne… »

Si âgée soit elle, l’Eglise n’est pas sclérosée. Régulièrement, à toutes les époques, elle a quitté son jardin bien tranquille pour s’en aller dans la forêt inconnue d’autres peuples et cultures, vers la terre de Nephtali et de Zébulon, la Galilée des Gentils. Aujourd’hui aussi, elle trouvera le chemin vers la nouvelle culture des jeunes. Ceux-ci n’ont souvent ni passé, ni tradition, ni souvenirs chrétiens. Mais ils ont été touché par quelque chose. Oui, ils sont pressés, souvent impatient ; ils ont en horreur les longues approches et les détours. Mais Dieu (et l’Eglise) les appelle là où ils se trouvent, guère préparés et même apparemment inaptes. Tout comme Amos quand il fut appelé. Il disait : « Je n’était ni prophète ni frère prophète ; j’étais berger et je cultivais les sycomores. C’est Yahvé qui m’a pris de derrière le troupeau » (Am 7,14-15). Dieu n’en fera pas moins pour les Amos de notre temps.

+ Godfried Cardinal Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles

Messagers de la joie , Paroles de vie... Pâques 1990

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mardi 18 mars 2008

Notre espoir et nos attentes : La ‘bonne’ terre de la famille

Les vocations surgissent normalement au sein des familles où l'amour et le renoncement à soi forment la trame de la vie quotidienne. Elles sont le fruit de cette sorte de 'justice surabondante' qui va au-delà du strict minimum exigé par les commandements et qui suscite une vie familiale selon la loi nouvelle, des Béatitudes ou du Sermon sur la Montagne.

Prenez et lisez Matthieu, les chapitres cinq et six : vous y trouverez réuni tout ce qui est nécessaire à une famille pour offrir la 'bonne terre' où peuvent éclorent les vocations. Un milieu où les Béatitudes sont devenues la règle de conduite qui va de soi : un milieu pauvre en esprit, doux, pur, miséricordieux et prêt à pardonner, affamé et assoiffé de justice, où l'on n'a pas peur d'être critiqué et persécuté parce qu'on est chrétien. Des foyers surtout où l'on prie, partage et donne, où l'on pratique l'hospitalité sans être préoccupé outre mesure du lendemain, dans la conviction que « notre Père céleste sait ce dont nous avons besoin ».

Des foyers où les parents prient et tiennent  leur cœur ouvert à l'appel de Dieu qui s'adresserait à leurs enfants. Dans le secret, parfois à l'insu l'un de l'autre. 

+ Godfried Cardinal Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles

Messagers de la joie , Paroles de vie... Pâques 1990

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mardi 11 mars 2008

Notre espoir et nos attentes : demander des ouvriers pour la moisson

Des prêtres, nous ne pouvons pas en produire, nous devons les recevoir. Cela signifie que nous devons les demander en priant. Nous ne maîtrisons ni ne contrôlons la croissance des vocations dans l’Eglise. L’évangile nous apprend que Jésus lui-même durant les heures de la nuit priat à cette intention. « La moisson  est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ; priez donc le Maître de la moisson » (Mt 9,37).

De fait, prie-t-on sincèrement et intensément pour les vocations dans nos communautés, paroisse ou écoles ? Aussi en dehors du dimanche des vocations ? Ou du bout des lèvres ou au conditionnel ? En pensant tout bas qu’il existe probablement des solutions de rechange. La « foi ardente qui déplace les montagnes » nous habite-t-elle quand nous prions pour les vocations ?

+ Godfried Cardinal Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles
Messagers de la joie , Paroles de vie... Pâques 1990

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mardi 4 mars 2008

Notre espoir et nos attentes : Une conception juste de ce qu’est le prêtre.

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Si nous souhaitons de nouveaux prêtres, il est primordial d’exprimer rigoureusement l’identité du prêtre : inséré dans le peuple, mais avec une mission propre, que personne d’autre ne peut assumer à sa place. Son service sacerdotal ne repose pas sur une espèce de répartition pragmatique du travail au sein du peuple de Dieu ; le sacerdoce ministériel n’est donc pas facultatif pour la vie de l’Eglise.

Il  est normal que des jeunes ne se sentent guère enclins à s‘engager dans l’Eglise pour une charge dont la nécessité ne reposerait que sur des bases secondaires ou floues. Il nous faut donc être clair quand nous parlons du prêtre et de sa mission : il appartient au prêtre de proclamer la parole avec la garantie apostolique, de rendre présent le salut du Christ par les sacrements, de présider des communautés avec l’autorité du pasteur et l’amour de Jésus en personne, d’assister les gens dans leur quête du sens de leur vie, d’être l’œil et l’oreille de Dieu Lui-même pour les souffrances du monde entier, et aider à porter et à guérir ces souffrances.

Un message clair sur le prêtre est indispensable car « si la trompette n’émet qu’un son confus, dit Paul, qui préparera au combat ? » (1 Co 14,8).

Ce profil net du prêtre est indispensable pour obtenir de nouvelles vocations.

+ Godfried Cardinal Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles
Messagers de la joie , Paroles de vie... Pâques 1990.

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mardi 26 février 2008

Notre espoir et nos attentes : Pastorale des vocations

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Quoi qu’il en soit, nous avons besoin de prêtres. Et notre temps est tout autant le temps de Dieu que les autres époques. Nous devons tout faire pour susciter de nouveaux prêtres. A cet effet, nous avons besoin d’une pastorale des vocations intensive.

Qu’est-ce à dire ? A eux seuls, les mots ‘pastorale des vocations’ ont une consonance étrange. Peut-on susciter des vocations par une stratégie ou marketing ? La pastorale des vocations n’est tout de même pas un plan Orsec. Non. Elle est simplement l’expression de la ferme conviction que, en notre temps aussi, Dieu continue à appeler, et de l’espoir que des jeunes peuvent dire ‘oui’ aujourd’hui encore. La pastorale des vocations ne fait que renforcer l’appel de Dieu, comme le Baptiste le faisait dans le désert, en écartant les obstacles qui pourraient gêner la réponse.

+ Godfried Cardinal Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles
Messagers de la joie , Paroles de vie... Pâques 1990

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