mardi 3 novembre 2009
Dieu a-t-il sur chacun une volonté particulière? (2/7)
Une question mal posée
(…) Quel prêtre, quel éducateur, ayant à aider des jeunes à choisir une orientation de vie n’a rencontré un jour des garçons et des filles venus lui dire avec espérance et angoisse : « j’ai un choix à faire, je veux faire la volonté de Dieu et je ne voudrai pas me tromper, ce serait grave, mais je ne sais pas ce que Dieu attend de moi, alors je viens vous voir pour que vous me donniez les moyens de la savoir en toute certitude. »
Répondre à une question mal posée est impossible, prétendre le faire serait à tout le moins présomptueux. Qui peut se situer ainsi de plain pied avec la volonté divine ? Le discernement, dont nous dirons l’importance, ne nous livre pas, tels quels, les projets de Dieu sur nous ; il nous dispose à reconnaître dans nos désirs et nos souhaits ceux qui peuvent se réclamer de l’Esprit du Christ ; ce n’est pas la même chose !
La seule réponse que nous puissions faire à la question que nous venons d’évoquer, c’est de dire à ce garçon ou à cette fille : « La volonté de Dieu ce n’est pas que tu choisisses ceci ou cela ; c’est que tu en fasses bon usage, que tu choisisses toi-même, au terme d’une réflexion loyale, libérée de l’égoïsme comme de la peur, la manière la plus féconde, la plus heureuse de réaliser ta vie. Compte-tenu de ce que tu es, de ton passé, de ton histoire, des rencontres que tu as faites, de la perception que tu peux avoir des besoins de l’Eglise, et du monde, quelle réponse personnelle peux-tu donner aux appels que tu as perçus dans l’Evangile ? Ce que Dieu attend de toi, ce n’est pas que tu choisisses telle ou telle voie qu’il aurait prévue de toute éternité pour toi, c’est que tu inventes aujourd’hui ta réponse à sa présence et à son appel ! »
Il ne s’agit plus alors de découvrir et d’accomplir un programme préétabli, mais de faire naître une fidélité. L’expérience montre que c’est un changement de perspective assez radical et qu’il demande souvent du temps. (…)
Michel Rondet, Dieu a-t-il sur chacun une volonté particulière ? ,
Christus N°153 (H.S)
lundi 26 octobre 2009
Dieu a-t-il sur chacun une volonté particulière ? (1/7)
Posée ainsi la question nous embarrasse. Il y a des jours où nous voudrions bien pouvoir nous référer à une volonté particulière de Dieu qui serait notre vocation. Comme ce serait rassurant et réconfortant aux heures de doute et de difficultés ! Savoir qu’on s’inscrit dans un dessein de Dieu prévu de toute éternité où chaque élément de notre vie, heureux ou malheureux, trouve sa place et sens !
Mais en même temps ; quelque chose en nous proteste : Dieu nous mettrait ainsi devant un programme à remplir, fixé en dehors de nous, sans même nous donner des moyens sûrs de la connaître ? Car si les mos ont un sens et si l’on voulait parler alors de volonté de Dieu, de quel poids ce vouloir divin ne pèserait-il pas sur nos libertés ! Quelle angoisse aussi pour nous lorsqu’il s’agirait de choisir : toute erreur, tout retard seraient dramatiques. Passant à côté du desseins de Dieu, nous situant, même involontairement, hors de son projet, nous aurions tout perdu, tout gâché . Et ceci d’autant plus facilement que nous savons bien que les voies de Dieu ne sont pas nos voies et que nous mesurons chaque jour combien il est difficile et parfois hasardeux de vouloir discerner ce que nous appelons la volonté de Dieu. Que Dieu nous ait placé à la croisée des chemins, en face de plusieurs directions dont une seule serait la bonne sans nous donner les moyens de la reconnaître avec certitude, relève du visage d’un Dieu pervers et ne peut en aucun cas exprimer l’attitude du Dieu de l’Alliance qui est venu sauver ce qui était perdu.
Et pourtant nous savons bien que ce même Dieu est celui qui nous appelle par notre nom et que notre rencontre avec Lui passe par un chemin qui nous est particulier. D’Abraham à Pierre, l’histoire du salut abonde en exemples d’hommes appelés à une vie nouvelle pour une mission précise, qui trouve souvent son symbole dans le changement de noms : on t’appellera désormais Abraham, Israël, Pierre. La mission de Moïse, celle de Jérémie ou de Paul, semblent bien correspondre à une volonté particulière de Dieu, jusqu’à marquer leur vie d’une singularité qui les conduit à une véritable solitude. Destins exceptionnels ou exemplaires de ce que nous sommes tous appelés à vivres ? (…)
Michel Rondet, Dieu a-t-il sur chacun une volonté particulière ? ,
Christus N°153 (H.S)
lundi 6 juillet 2009
Conseils sur la vie religieuse par 3 jeunes jésuites
vendredi 5 juin 2009
Chute des vocations : la mort annoncée de l’Eglise ?
Combien de penseurs, depuis le début du christianisme ont prophétisé sa fin prochaine, son dépassement dans l’athéisme (Marx ou Feuerbach), ou encore sa sortie dans d’autres religions (Islam…) ?
Depuis 2000 ans, l’Eglise a survécu à ces pseudo-devins, et à ceux qui voulaient éradiquer le christianisme (nazisme, communisme, athéisme). Elle a traversé les tourments de l’histoire, survécu à ses divisions internes et, malgré l’infidélité de ses membres à l’Evangile, elle continue de porter le message du Christ aux nouvelles générations. Elle sera, de très loin, en 2050, la première religion mondiale, si l’on prend le critère du nombre de baptisés.
La baisse du nombre des vocations et de la pratique religieuse en Europe occidentale, sous la pression de la sécularisation et de la marginalisation sociale de l’Eglise, doit s’interpréter en prenant en compte les évolutions universelles.
Il n’y a jamais eu autant de prêtres et de religieux dans le monde qu’aujourd’hui. Dans certaines régions d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie, le christianisme est en plein essor. Cette croissance compense très largement les déficits que l’on constate en Europe. Le déclin spirituel qui frappe l’occident est à mettre en relation avec sa perte d’influence à l’échelle internationale et la fragilité de nos sociétés face aux puissances montantes (Chine, Inde, Brésil…).
Les phénomènes religieux sont toujours profondément connectés aux transformations socioculturelles des sociétés. Les crises spirituelles sont également des crises sociales et économiques. Des phénomènes de déclin proviennent de la perte de mémoire communautaire, mais aussi de l’effondrement des idéaux et des grandes utopies qui façonnaient l’espérance collective.
L’histoire nous enseigne que les crises sont souvent réversibles. Les civilisations sont mortelles, mais elles peuvent aussi renaître. Il en est ainsi des religions. Pensons à tous les réveils spirituels qui ont traversé l’histoire de l’Eglise : l’essor du monachisme dans le haut Moyen âge, le développement des ordres mendiants au 12° et 13° siècle, la Contre-réforme catholique du concile de Trente, et plus récemment, l’épopée des congrégations missionnaires au 19° siècle. Ces grands renouveaux partaient d’intuitions spirituelles portées par un fondateur dans un contexte de crise (saint Benoît, saint François, saint Dominique ou sainte Thérèse d’Avila…). Ils s’enracinaient sur le terreau du développement du dogme et de l’approfondissement de la doctrine de la foi ou de la lecture de l’Ecriture (saint Ignace).
L’Eglise en Europe et plus particulièrement en France, survivra-t-elle à la crise qui l’affecte ? Dans l’élan postconciliaire impulsé par Paul VI, puis Jean-Paul II, de nombreux fruits spirituels et apostoliques ont été donnés à l’Eglise : la mission reconnue aux laïcs dans l’évangélisation, la place accordée à la Parole de Dieu par la réforme liturgique, qui a favorisé également la participation active des fidèles au culte, les démarches œcuméniques et les textes majeurs du Magistère sur la liberté religieuse, l’attention prophétique accordée par l’Eglise au respect de la vie et de la dignité de la personne humaine, depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle, etc.
Ce vaste héritage a donné une impulsion nouvelle à la mission de l’Eglise, en particulier sous le pontificat de Jean-Paul II (JMJ, voyages apostoliques, gestes prophétique au Mur des lamentations, à Assise ou à la grande mosquée de Casablanca, etc.).
Les questions auxquelles répond l’Eglise sont toujours les mêmes depuis que l’homme existe, car il se les pose à lui-même en raison de son humanité : quel sans donner à me vie ? Qu’y a-t-il après la mort ? Comment aimer en vérité ? Comment construire un avenir meilleur pour nos familles et nos sociétés ?
L’avenir du christianisme tient autant à l’effort que l’Eglise ne cesse d’entreprendre pour rejoindre les questionnements de nos contemporains en lisant, avec eux et pour eux, l’Evangile de Jésus Christ, qu’à ces interrogations essentielles qui, depuis toujours, posent à l’homme la question de Dieu.
Même si nous avons l’impression que les ressorts religieux sont cassés, que beaucoup de nos contemporains se réfugient dans l’indifférence ou l’insouciance, que la foi en Europe ne fait plus recette, les signes encourageants nous viennent d’ailleurs, souvent au contact de personnes qui trouvent le chemin de l’Evangile et de l’Eglise : ces adultes qui demandent chaque année, toujours plus nombreux, à être baptisés ou confirmés, ces jeunes qui s’engagent dans le vie consacrée ou rentrent au séminaire, ces communautés vivantes qui rayonnent de paix et de lumière, etc. On mesure alors combien l’Evangile a un avenir. Il n’est pas mort. Il est l’espérance de l’Eglise. Il est l’avenir de l’humanité. Il nous donne des raisons de croire que Dieu n’abandonnera jamais l’homme, parce que le Christ continue de nous fournir la preuve de son indéfectible fidélité. « Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20).
Mgr Dominique REY, évêque de Fréjus-Toulon
Il est vivant, N°244, décembre 2007
mercredi 3 juin 2009
Dieu a-t-il sur chacun une volonté particulière? (6/7)
Parler de volonté particulière de Dieu su chacun de nous demande une précision. Dans la Bible toute vocation est individualisée : des hommes, un peuple< ; mais saint Paul nous rappellera que toute grâce est donnée pour le bien de tout le corps. Si l’on veut évoque les grandes étapes de l’histoire du salut : ce sont des noms que l’on va voir apparaître : Abraham, Moïse, David, les prophètes, Jésus. Des noms propres avec leur destinée bien particulière, mais aucun d’eux ne peut se comprendre sans référence à sa place dans l’histoire commune. Il n’y a de saints que dans la communion des saints, dans le cheminement du peuple de Dieu vers le Royaume.
Aussi discerner la volonté de Dieu sur ma vie, est-ce toujours m’interroger sur ma place dans le Corps du Christ. Non pas celle qui me serait assignée, mais celle que je peux, que je désire prendre. Quel membre serai-je pour le bien de tout le Corps ? Là encore la réponse m’appartient et Dieu l’attend de moi, généreuse et neuve, pour se réjouir de ma solidarité, comme Il s’est réjoui de ma liberté.
Michel Rondet, Dieu a-t-il sur chacun une volonté particulière ? ,
Christus N°153 (H.S)
jeudi 28 mai 2009
Card. J.M Lustiger: Si Dieu t’appelle (4)
Si Dieu t’appelle, ton cœur va s’ouvrir à une dimension d’amour que tu ne soupçonnais pas. Tu vas aimer ce peuple. Non seulement comme le compagnonnage que tout homme recherche. Non seulement comme la fraternité dans laquelle nous retrouvons enfin des hommes disponibles à l’amitié pour exorciser la solitude d’un cœur qui erre sans cesse, ne sachant où trouver la chaleur s’une communion. Non ! Tu vas aimer à fonds perdus tous les hommes. Car en tout homme tu reconnaîtras un frère qui t’es donné, une richesse nouvelle et insoupçonnée. Tu vas aimer ce peuple que le Christ lui-même rassemble et pour lequel tu seras la figure du berger. Tu vas aimer ce peuple qui va te porter ; même s’il te donne des coups, il sera ton soutien et ta force : ce peuple, l’Eglise entière en sa fonction maternelle toute d’amour et de paix, rend grâce et bénit Dieu, ce peuple par qui le salut entre dans le monde.
Si Dieu t’appelle, n’aie pas peur : tu reconnaîtras sa voix suis-le.
Si Dieu t’appelle, n’aie pas peur : l’Esprit est ta vie.
Cardinal Jean-Marie Lustiger,
Homélie donnée pour la Journée Mondiale de prière pour les Vocations (13 mai 1984)
mercredi 27 mai 2009
Dieu a-t-il une volonté particulière? (5/7)
Pour le dialogue de deux libertés
L’amour de Dieu nous précède ; nous ne finissons jamais d’en prendre conscience et d’en rendre grâce. Mais comme nous le rappelle saint Paul cet amour « s’est anéanti lui-même » (Ph 2,7) devant notre propre liberté, ayant pris pour nous éternellement la figure du Serviteur. C’est dire qu’en nous appelant à la communion Dieu n’a d’autre désir que de consacrer notre liberté, de lui offrir un horizon qui la dilate elle-même jusqu’à l’infini : « Demeurez en moi comme moi en vous… Je vous dis cela pour que ma joie soir en vous et que votre joie soit complète » (Jn 15,4&11). Si Dieu a bien un désir sur nous, c’est d’abord celui de nous voir porter du fruit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure » (Jn 15,16). On ne peut mieux souligner à la fois l’antériorité du désir de Dieu et son vœu profond : nous voir assumer pleinement notre liberté. Comme l’amour suscite l’amour, la liberté éveille la liberté : celle de Dieu éveille celle de l’homme.
Aussi pour apprécier la qualité spirituelle de ma réponse à Dieu, faut-il encore la relire du point de vue de ma propre liberté. Est-elle fruit de ma liberté profonde, exprime-t-elle une vie qui s’assume réellement elle-même ? Je reconnaîtrai que ma décision rejoint la volonté de Dieu, si je peux dire qu’elle me rend plus libre, c'est-à-dire si elle introduit dans ma vie cohérence et sens, si elle unifie mon passé en lui ouvrant un avenir. Nous touchons là à une des caractéristiques les plus profondes d’une décision spirituelle. Elle va unifier ce qui n’était encore dans mon passé que touches successives. Elle va tisser dans ma mémoire des liens que je n’avais pas encore perçus, introduire dans le discontinu apparent de mes grâces et de mes faiblesses une continuité nouvelle. Et en même temps, elle m’ouvre un avenir, la passé ainsi réunifié fait apparaître des possibilités neuves. Ce qui aurait paru impossible ou insensé devient naturel. Quant, à son retour de Jérusalem, Ignace de Loyola prend la décision d’aller à l’école, ce choix unifie tout un passé de grâces autour d’une motion spirituelle reconnue comme fondamentale : le désir d’aider les âmes. Il ouvre en même temps un avenir, qu’Ignace ne perçoit pas encore, mais qui va s’inscrire dans la logique de ce choix : ma fondation de la compagnie.
Il pourra alors dire en vérité que cette fondation est tout entière œuvre de Dieu dont l’amour l’a précédé et guidé à toutes les étapes de sa vie. Nous pouvons dire, nous, que c’est l’œuvre d’Ignace, de sa générosité, de sa fidélité, de sa lucidité : elle porte la marque de sa liberté. Faut-il alors parler d’une volonté de Dieu ? Nous sentons bien que toute alternative de ce type laisse de côté la vérité profonde : celle d’une rencontre, d’une communion de deux libertés qui se retrouvent dans une œuvre commune.
Michel Rondet, Dieu a-t-il sur chacun une volonté particulière ? ,
Christus N°153 (H.S)
mardi 26 mai 2009
Timothy Radcliffe : "proscrire l'homophobie des séminaires"
En mai 2005, La Vie interrogeait Timothy Radcliffe sur la question de la sexualité dans l'Eglise. Grande autorité morale du catholicisme, l'ancien maître des dominicains prenait position, sans craindre de briser les tabous.
La Vie. On évoque timidement l'ordination d'hommes mariés. Est-ce une bonne idée ?
Timothy Radcliffe.
Je n'ai pas la réponse, mais j'aimerais que l'on puisse en débattre.
Personnellement, j'accorde beaucoup de valeur au célibat, parce qu'il
procure une certaine liberté. Un exemple : en Angleterre, en étant
célibataire, le prêtre échappe au jeu des classes sociales si prégnant
dans la société britannique. Il peut être lui-même, partout. Mais le
fait d'avoir des prêtres mariés peut aussi enrichir l'Église. Des
hommes qui vivent leur ministère sacerdotal en s'appuyant sur leur
expérience d'époux et de père peuvent nous aider à mieux comprendre les
Évangiles. Ce n'est pas bon qu'il n'y ait que des célibataires.
Et l'ordination des femmes ?
Je n'ai jamais entendu une argumentation contre l'ordination des femmes
qui m'ait convaincu. Là encore, je ne sais pas ce qu'il faut faire,
mais je crois beaucoup aux vertus du débat. On pourrait aussi
s'interroger sur le diaconat féminin.
Les homosexuels pourraient ne plus être admis au séminaire. Êtes-vous d'accord ?
Je ne pense pas que le Vatican ira jusque-là. Ce serait une très
mauvaise idée. La première raison, c'est qu'une vocation est d'abord un
appel de Dieu. C'est lui qui appelle à la vie religieuse ou à la
prêtrise. Et il est évident qu'il a appelé des hommes et des femmes,
des prêtres et des évêques qui sont homosexuels. On ne peut pas dire à
Dieu qu'il n'a pas le droit d'appeler des homosexuels, puisqu'il l'a
déjà fait ! Il est important que ceux et celles qui entrent dans la vie
religieuse ou sacerdotale puissent mûrir et s'accepter tels qu'ils
sont. Si l'on déclare que l'on ne peut pas accepter les homosexuels, ça
va pousser ces gens à ne pas s'accepter tels qu'ils sont. Pourquoi les
enfermer dans une case ? L'orientation sexuelle d'une personne n'est
pas quelque chose d'essentiel. Peu m'importe de savoir si mon frère est
homo ou hétéro. Je crois, en revanche, qu'il faudrait être beaucoup
plus vigilant sur l'homophobie et sur la misogynie. Ces attitudes
devraient être totalement proscrites dans les séminaires.
Hétérosexualité et homosexualité sont-elles équivalentes ?
Non, mais je pense que les personnes hétérosexuelles et homosexuelles
doivent affronter les mêmes défis. Sommes-nous capables d'entrer en
relation avec celles et ceux que nous rencontrons ? Sommes-nous
capables de nous accepter tels que nous sommes, avec nos failles et nos
blessures ? Sommes-nous prêts à nous engager dans le célibat ? Ce qui
compte, c'est notre capacité d'aimer. Si l'on sait que l'on est accepté
par Dieu, totalement et sans réserve, on peut s'accepter soi-même. Les
prêtres ne doivent pas trop se centrer sur la question de leur identité
sexuelle, au risque de s'enfermer. Notre identité, nous la trouvons en
Christ. La question la plus importante est : comment annoncer
l'Évangile ?
Certains spécialistes affirment que
les personnes homosexuelles ont une sexualité beaucoup plus difficile à
gérer que les autres. Qu'en pensez-vous?
J'ai passé
vingt ans dans un centre de formation dominicain en Angleterre.
Certains frères étaient sans doute homosexuels, d'autres, non. Je n'ai
jamais eu l'impression qu'il y avait des problèmes spécifiques d'un
côté ou de l'autre. De toute façon, les jeunes qui entrent au séminaire
ne sont pas toujours au clair sur leur orientation sexuelle. Beaucoup
sont en train de la découvrir.
Nous sommes tous des hommes et des
femmes complexes, avec des éléments d'attirance vers les hommes et vers
les femmes. Plutôt que de procéder à des simplifications négatives en
excluant les homosexuels, il nous faut affronter cette complexité. Le
seul danger serait que s'installe au sein d'un séminaire ou d'une
communauté une sorte de sous-culture homosexuelle. Cela serait
extrêmement destructeur. C'est la raison pour laquelle l'orientation
sexuelle ne doit pas devenir quelque chose de central. La vérité émerge
toujours du dialogue. Plutôt que de prendre des mesures malheureuses,
dans ce domaine comme dans d'autres, l'Église doit continuer à débattre.
Le
synode des évêques se termine à Rome. À partir de votre expérience
personnelle, comment renouveler la question de l'eucharistie ?
J'ai passé pas mal de temps en Afrique et j'ai toujours été
impressionné par la qualité des célébrations eucharistiques et par la
joie qui s'en dégage. Face à la pauvreté, face aux guerres civiles,
face à toutes les calamités qui frappent leur continent, les Africains
entrent beaucoup plus facilement que nous dans le mystère pascal
célébré à la messe. Le sacrement de l'Eucharistie est véritablement
pour eux une question de vie ou de mort. Et, pour exprimer cet enjeu,
ils font preuve d'une étonnante créativité qui nous manque terriblement
en Europe.
Nous devrions prendre modèle sur eux, en faisant appel
à des artistes, à des poètes et à des musiciens pour exprimer, à
travers la beauté, notre espérance pour l'avenir. J'attends aussi du
synode qu'il ne ferme pas les portes ouvertes lors du concile Vatican
II, mais qu'il ouvre des chemins de dialogue.
Par Laurent Grzybowski
http://www.lavie.fr/l-hebdo/notre-point-de-vue/article/1248-timothy-radcliffe-proscrire-lhomophobie-des-seminaires/retour/11/hash/e24818b813.html
jeudi 21 mai 2009
Cardinal J.M Lustiger: 'Si Dieu t’appelle' (3)
(…) Si Dieu t’appelle, la croix t’apparaîtra une splendeur de vie et non l’échec suprême du monde . La croix t’apparaîtra comme un arbre de vie et non le gibet de la mort. La croix t’apparaitra comme le chiffre et la clé qui permettent de comprendre le monde. Si Dieu t’appelle, tu voudras suivre le Christ en sa Passion, pour le salut de tes frères et tu n’auras pas peur.
Si Dieu t’appelle, ne crains pas. Si Dieu t’appelle, de tes pauvres lèvres muettes pourra jaillir la voix du Christ que les hommes reconnaîtront. Si Dieu t’appelle tu seras pardonnés de tes péchés et tu oseras donner le pardon de Dieu alors que tu t’en sens indigne. Si Dieu t’appelle, tu seras le ministre et le serviteur de ce corps brisé et livré, pain de vie, pour que les hommes en soient nourris. Si Dieu t’appelle, tu recevras l’insulte, on diras du mal de toi, tu ne seras pas compris, mais tu sauras que tu partages le sort du Christ. Lui qui, insulté, ne rendait pas l’insulte, mais pardonnait. Lui qui abandonné, rétablissait la communion des hommes perdus avec l’amour de son Père et notre Père. Si Dieu t’appelle, tu n’auras pas peur de livrer ta vie, car ta vie livrée est unie à la vie donnée du Christ. (…)
Cardinal Jean-Marie Lustiger,
Homélie donnée pour la Journée Mondiale de prière pour les Vocations (13 mai 1984)
mercredi 20 mai 2009
Dieu a-t-il sur chacun une volonté particulière? (4/7)
Pour une création
La réponse que nous allons donner à Dieu n’est inscrite nulle part, ni dans le livre de vie, ni même dans le cœur de Dieu, sinon comme une attente et une espérance. L’Espérance ce que Dieu ne voit pas encore et auquel nous allons, nous, donner forme et visage. C’est la grandeur et le risque de nos vies d’être ainsi appelées à éveiller la joie de Dieu par la qualité et la générosité de notre réponse.
Les choix que nous faisons alors ne sont pas des créations à partir de rien. Nous les préparons avec ces matériaux que sont nos conditionnements humains : notre tempérament et notre histoire. Nous ne pouvons pas tout mais nous pouvons donner sens et visage à ce qui ne serait qu’un destin. Dans cet effort de création personnelle en réponse à l’appel de Dieu l’Esprit nous rejoint, non comme une force extérieure qui s’imposerait à nous mais comme une énergie intérieure suscitée en nous par l’accueil de la parole de Dieu et la participation à la vie de l’Eglise.
L’Evangile ne nous dictera pas le choix, mais il ouvrira à notre désir des horizons »Il a été dit… moi je vous dis… cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice (Mt 5,26-6,33). Là où je suis, je veux que vus soyez vous aussi… La volonté de mon Père c’est que vous portiez fruit et un fruit que demeure ». (Jn 14,3-15,16). L’Evangile ne nous dira pas ce qu’il faut faire, mais il nous appellera en toutes choses à la perfection de la charité : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait… aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés… celui qui ne pardonne pas à son frère de tout son cœur… » (Mt 5,48 ; Jn 15,12 ; Mt 18,35).
L’Eglise pourra, elle aussi, nous adresser des appels, à telle ou telle forme de service, mais quelles que soient ses nécessités, elle n’engagera jamais quelqu’un dans une voie particulière sans s’assurer de son libre consentement. Pour nous aider dans notre réponse, elle nous relie à une foule immense de témoins où elle nous apprend à reconnaître des frères. Leurs vies, leurs choix sont là, devant nous, comme autant d’appels non à les imiter, mais à les suivre. François d’Assise, Ignace, Thérèse… sont uniques et inimitables, mais leurs vies sont pour nous autant d’invitations à inventer à notre tour la réponse qui viendra glorifier Dieu. Et si nous nous efforçons de retrouver ce qu’ils ont vécu, nous verrons qu’il n’y à rien de moins prévisibles et programmé que leur vie.
Ils ont cherché la volonté de Dieu de tout leur cœur, ils ont eu une conscience très vive d’avoir été prévenus, devancés, par l’amour de Dieu, un amour qu’ils n’en finissaient pas de reconnaître dans l’action de grâce. Dans leur choix, ils ont tâtonné, hésité, parfois douté pour finalement se confier à l’Esprit qui les guidait vers le Royaume. Des événements les plus divers, ils ont su faire des grâces, glorifiant Dieu dans l’épreuve, comme dans le succès. La continuité, la cohérence que nous admirons dans leur vie ne se sont souvent révélées qu’après coup, lorsqu’on a pu embrasser d’un seul regard un cheminement bien tâtonnant. Que l’on pense par exemple aux choix successifs qui ont marqué l’itinéraire spirituel de Charles de Foucauld. Beaucoup plus qu’une programmation rigoureuse, ce qui caractérise la vie des saints, c’est la qualité d’une réaction spirituelle aux événements quels qu’ils soient, fussent-ils les plus inattendus.
On n’a pas toujours bien compris la phrase de Pascal : « Les événements sont des maîtres que Dieu nous donne pour nous aider à le servir ». Ne lui faisons pas dire plus qu’elle ne veut dire. Les événements ne sont pas un cadre où Dieu nous enferme ; ce ne sont pas les événements qui font les saints. Ils sont le matériau qui nous est donné pour construire notre réponse. La réponse portera la marque du matériau utilisé, mais plus encore celle de l’architecte que nous sommes et qui en a la responsabilité. On ne peut pas tout faire avec tout, mais on peut toujours faire une œuvre de vie. L’amour peut faire jailli la sainteté dans les pires contextes humains : le témoignage de ceux qui ont consacré leur vie à l’amitié des marginaux, des déshérités, des exclus ne cesse de nous le rappeler.
Nous nous demandons si l’on peut parler d’une volonté particulière de Dieu sur chacun de nous. L’Eglise en nous faisant vivre la communion des saints nous rappelle qu’il serait plus exact de parler d’une réponse personnelle de chacun de nous au désir de Dieu.
Michel Rondet, Dieu a-t-il sur chacun une volonté particulière ? ,
Christus N°153 (H.S)


















