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jeudi 22 octobre 2009

Mgr Laurent Ulrich: « Parmi vous il ne doit pas en être ainsi. »

ordinationdiacres2009

Homélie de Mgr Laurent ULRICH, pour l'ordination de cinq diacres permanents, le dimanche 18 octobre 2009, à la cathédrale Notre Dame de la Treille, à Lille.

Chers amis qui m'écoutez dans cette cathédrale, ou par le moyen de notre radio RCF-TO, et vous cinq, Jacques, Yves, Étienne, Pascal et Luc, qui, au milieu de nous, devenez par l'action de l'Esprit Saint et mon ministère d'évêque, diacres de l'Église de Lille, laissez résonner cette parole que nous venons d'entendre.

« Parmi vous il ne doit pas en être ainsi. » L'ordre de Jésus est clair et net, on pourrait même dire qu'il est sec et ne souffre pas de réplique. Malheureusement, dans l'Église même, au cours de sa longue histoire, la tentation de la domination et de l'autoritarisme, ou celle de la vanité liée à l'exercice du pouvoir, s'exercent en permanence. Et cela doit interroger chacun de nous, forcément : il ne suffit pas de dire que l'on se met au service des autres pour être délivré de ces tentations. Il nous est bon d'entendre cette parole, que vous n'avez pas choisie, en ce dimanche de votre ordination diaconale. Parce que, justement, l'ordination des diacres, dans l'Église, signifie la place du Christ qui se met au service de tous, et n'en profite pas pour s'instituer dans le rôle d'un dominateur.

Ce que nous comprenons d'abord, c'est que la tentation est simple, quasi naturelle, c'est-à-dire universelle. Même des personnes comme les apôtres de Jésus, des modèles pour nous, des saints qui ont donné leur vie pour lui, des colonnes sur lesquelles notre foi est appuyée, ont à la bouche cette demande : donne-nous, quand tout sera fini, que nous en aurons terminé avec les luttes et les mesquineries de la vie présente, d'être à côté de toi, l'un à ta droite, l'autre à ta gauche, … au premier plan sur la photo, en somme !

Vous avez remarqué : ils ont dit : « dans ta gloire ». C'est ce que j'ai traduit : quand nous en aurons fini avec les luttes et les mesquineries de la vie présente ! Ils n'ont pas vu que, justement, ils ont une demande mesquine, fermée sur eux-mêmes. Le combat que Jésus mène se situe à cet endroit exactement : « pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » Pour avoir part un jour avec le Christ, dans la gloire, il faut avoir lutté avec Lui, contre cet esprit en nous, et cela prend bien toute une vie : « vous y boirez », assure Jésus à ses disciples. Dans la gloire du Christ, il n'y aura pas de réussite plus grande qu'une autre, il y aura une égale considération pour tous, une égale lumière, un égal bonheur : chacun se sera mis au service d'autrui, personne ne pensera plus à passer devant, et s'il y a une compétition, c'est celle de la simplicité, c'est celle de l'oubli de soi jusqu'à l'amour de Dieu, selon le modèle que Saint Augustin fournit pour bâtir la cité de Dieu. S'il y a des premières places, il ne saurait y avoir des critères d'attribution à la manière dont nous donnons des prix !

Mais ce projet de la simplicité, il n'est pas simple à vivre, nous l'expérimentons. C'est le projet de l'humilité, de l'amour inconditionnel et du service. En fait, c'est un chemin au cours duquel le Christ se montre à nous de diverses manières. C'est d'abord à travers des exemples de serviteurs, célèbres ou presque inaperçus : nous en connaissons tous. Mais c'est aussi à l'occasion d'humiliations que nous subissons nous-mêmes, ou que nous constatons autour de nous, et qui nous révoltent ! Comme, par exemple, celles qui sont faites à des étrangers ou à d'autres qui sont d'origine étrangère, qu'ils soient en situation irrégulière ou non. En effet, lorsque nous voyons de ces personnes, nous considérons le respect qui leur est dû parce qu'elles sont des personnes humaines, parce qu'elles ont un visage d'homme aussi respectable que le nôtre, et parce que leur visage nous montre celui du Christ défiguré : voilà pourquoi beaucoup se mettent à les accueillir et à les soutenir.

Et puis le Christ se montre encore à nous à travers la rencontre avec des personnes qui ont opéré un grand tournant dans leur vie, et qui ne sont plus à la recherche d'elles-mêmes, mais dans le désir permanent de partager, de donner, d'offrir ce qu'elles sont et ce qu'elles ont reçu. À travers elles, nous discernons, dans la foi, le visage du Christ qui les guide, même si elles ne le savent pas.

Et qu'est-ce qui maintient en nous la foi que le Christ vit au milieu de nous, que son Esprit agit dans les hommes que nous rencontrons ? C'est l'Église, qui est son sacrement, son signe. Et ce sont les sacrements que nous recevons, et que nous sommes nous-mêmes. Dans l'Église, il y a des diacres, des hommes choisis pour être signes du Christ Serviteur de ses frères. Et ceux-ci, ils ont à se convertir pour laisser passer la lumière du Christ, pour devenir signes de Lui. Ils ont à susciter, et à soutenir autant qu'il est possible, les attitudes de générosité et de service. Ils ont à nous appeler, par leur parole, et plus encore par leur engagement personnel, à servir. Par la prière, par la méditation de l'Évangile, par la réception des sacrements, comme d'autres chrétiens, ils prennent conscience de qui ils sont le signe. Par l'écoute avec d'autres comme ministres de la Parole de Dieu, ils révèlent cette présence généreuse du Christ au milieu de nous.

Chers amis qui allez recevoir l'ordination diaconale, par l'imposition de mes mains et la prière de toute l'Église, je ne peux pas détailler pour chacun de vous comment ce ministère prendra forme en vos vies. Dans vos professions de soignants ou d'enseignants, ou dans une entreprise, dans vos engagements sociaux et familiaux, dans votre participation à la vie de l'Église, vous avez déjà de multiples occasions de montrer que le service des autres, et le service de l'humanisation de la société est le chemin du plus grand bonheur pour tous. Vous avez surtout à laisser transparaître l'image et le visage aimant du Christ qui s'approche et sert ses frères, vos frères, nos frères.

Vous serez des serviteurs de l'appel à l'entraide. Il existe de multiples associations, chrétiennes ou non, auxquelles vous appartenez ou appartiendrez ; ce n'est pas vous qui faites tout, bien sûr, mais vous savez solliciter, mettre en route, accompagner ceux qui s'y mettent. Dans la discrétion, dans le désir de faire grandir, dans l'amitié qui ne vient pas de vous, mais du Christ qui vous a appelés, et qui à travers vous se rend proche de ceux que vous servez.

Vous serez des serviteurs par la prière personnelle et la prière de l'Église à laquelle vous participez de façon quotidienne : ce que nous appelons la prière des Heures et l'oraison. C'est ainsi que votre vie deviendra plus transparente au Christ, et rendra le Christ davantage visible. L'école de l'humilité passe par là. C'est à Lui que nous rendons grâce, ce n'est pas à nous que nous rapportons ce que nous faisons. Dans la prière, dans les sacrements reçus et aussi dans les sacrements que vous donnerez, le baptême et le mariage principalement, dans l'eucharistie que vous servirez aussi en la distribuant, dans la présence aussi auprès de ceux qui ne reçoivent pas les sacrements, le Christ vous façonnera, jour après jour, un visage, votre visage de serviteur à sa ressemblance.

Vous serez des serviteurs de la Parole de Dieu. C'est elle qui fait comprendre que tout vient du Père, tout passe par le Christ, tout est animé par leur Esprit commun. La Parole de Dieu n'est pas une morale, ni un embrigadement, elle nous ouvre un avenir infini ; nous ne serons pas découragés de nos insuffisances et de nos échecs, mais relancés par son appel.

Ainsi, pour parler comme la liturgie dans quelques instants : « Que Dieu lui-même achève en vous ce qu'il a commencé ! »

http://catholique-lille.cef.fr/page/homelies_suite.php?id=3155_0_6_0_M

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